Sarrdanapale

Articles Tagués ‘paris’

Les Abeilles

Dans 11, Bars le mars 9, 2010 à 8:59

Le dimanche, j’ai souvent envie d’aller au Titon. Mais le Titon est fermé le dimanche. Et, à chaque fois, j’oublie. Je me retrouve devant les volets clos qui murmurent « une prochaine fois une prochaine fois » ; les bras ballants. On ne peut pas tout avoir.

Détachés du corps

mes membres

tombent

Boum.

Ne sachant que faire, je vais aux Abeilles ; tout près. Encore mieux. Le dernier jour de la semaine, dans ce petit bar, happy hour jusqu’à minuit et surtout – surtout – un buffet est gratuit et à volonté. De la charcuterie, du fromage, des crêpes aux fromages, des cuisses de poulet épicé. La première fois, on n’ose pas en prendre. On demande, c’est vraiment gratuit ? Gratuit ? Et les serveurs, peut-être les plus adorables de Paris, qui te répondent « Oui, oui, servez-vous ».

Ils ont trente ans. Les clients aussi. Tout le monde sourit. Fin de la semaine ; Aloïs murmure : « Paris, c’est agréable quand même ».

J’acquiesce. Pourtant, Nerval, in Sylvie, écrit :

« Telles sont les chimères qui charment et égarent au matin de la vie. J’ai essayé de les fixer sans beaucoup d’ordre, mais bien des cœurs me comprendront. Les illusions tombent l’une après l’autre, comme les écorces d’un fruit , et le fruit, c’est l’expérience. »

Entre une pinte et une crêpe beurre sucre rue du Faubourg Saint Antoine – dans le froid – je trouve que cette sentence est d’une stupidité incroyable. Avec l’âge passent les idioties, mais les illusions, le rêve, ils se renforcent. Sans eux, sans ce plaisir de créer barrières et autres stupeurs ! folies ! paradis artificiels, que faire, que voir ? Rien. « La poésie, c’est la seule réalité. Ce qu’on nous vend pour le réel n’existe pas», s’enflamme le crêpier. Ou peut-être était-ce un dramaturge qui passait par là.
Cependant je dois admettre que, parfois, Nerval, soudain, voilà, l’autre, elle, beaucoup de phrases, d’exclamations, on pense que, ou pas, mais, enfin, voilà, des fulgurances, il y a.

« Aimer une religieuse sous la forme d’une actrice !… et si c’était la même ! — Il y a de quoi devenir fou ! »

Si seulement. Le souffle.

Bilan: Agréable

Les Abeilles

32 rue de Charonne, 75011


View Larger Map

Le Penty

Dans 12, Bars le février 2, 2010 à 11:32

« Mais pourquoi on s’embête à aller loin alors qu’on a le meilleur rade de Paris en bas de chez nous ? » me demande Arnaud.

Tout est résumé. Sur la place d’Aligre, dans un coin de la rue Cotte, un bar. Avec un vieux gérant, des sièges de brasserie pourries et une télé (neuve).

Le chocolat chaud est honnête et pas cher et la bière, à 1 euro 90, à toute heure du jour et de la nuit, rafraîchit. Surtout, il y a ces petits amuse-gueules, carottes et patates dans une sauce piquante, que je ne peux m’empêcher de dévorer. Délicieux.

Dimanche, finale de la coupe d’Europe de Handball. Je la regarde en lisant Libé. L’article sur Boltanski où sa parole s’envole.

«Faut-il se consacrer à une personne, plus qu’au monde ? On dirait : il aimait tout le monde, cela l’empêchait d’aimer quelqu’un. Se consacrer au monde est un si grand engagement… Alors, on se rend forcément très égoïste… On n’est plus que son art. C’est bien. Et en même temps, c’est rassurant, c’est plus facile à vivre. Ceux qui changent la vie sont peut-être plus dignes. Ou alors ils se mentent à eux-mêmes. »

Presque toutes les populations du onzième fréquentent ce bar : les vieux pochtrons, les jeunes bobos, les arabes qui bossent au marché . Et les services de propreté de la ville de Paris (très important place d’Aligre).

Ce bar est si bien mais si particulier que jamais je n’y emmènerai une fille que je désire conquérir. Trop compliqué pour elle, surtout si elle est de bonne famille ; elle serait forcément déçue.  Je le garde comme un petit endroit secret. Pour mes camarades alcooliques et autres jouisseurs.

« Eux aussi, ils pensent : encore une minute Monsieur le bourreau. C’est la plus belle phrase d’un être humain. Aimer la vie. Dieu est un vieux salaud. Moi, je dirai cette phrase. Je veux vivre d’une mort lente, je suis trop jouisseur, j’ai trop d’amour pour cela. Je m’amuse bien, je mange bien.»

Bilan: Indispensable

PS : et sinon à regarder le clip du Parti Pirate, très bon.


View Larger Map

Le penty

15 rue Emilio Castelar – 75012 PARIS

Glaz’Art

Dans 19, Bars, Boîtes le août 9, 2009 à 7:28

glazartMême loin des quais de la Seine, il y a des plages à Paris. Porte de la Villette, presque sous le périph’, le Glaz’Art a déversé du sable dans son grand jardin.

Ce soir-là, un couple électro de belgo-japonais essaye d’aligner trois notes justes et un groupe de punk-rock américain me ferait presque regretter Sum41, le souvenir des soirées sur l’île de Ré, des femmes tombant (sautant ?) légèrement vêtues dans l’eau froide de la piscine.

Mais, après analyse, il s’avère que parfois la programmation peut être vraiment intéressante.

Nous ne sommes pas assez roots pour aller sauter devant la scène ; nous préférons donc jouer à la pétanque. Les boules sont à libre disposition.  Je sors vaincu d’un combat épique.

Le lieu est très agréable, même les SDF sur la colline nous surplombant aiment le spectacle. Je m’étale sur une chaise longue. A côté de moi, un homme a bu beaucoup trop de Kronenbourg. Son ventre ressemble à une lune rouge bien pleine. D’une oreille distraite, j’écoute la musique. Mon âme s’en va nager.

«Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement des paresseux. Quand l’âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c’est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime… »

Paresse, Henri Michaux

Bilan: Indispensable

Glaz’Art

pendant l’été, du mercredi au samedi, l’entrée est gratuite à partir de 19h

7, Avenue Porte de la Villette
75019 Paris
01 40 36 55 65


View Larger Map

Rex Club

Dans 02, Boîtes le août 2, 2009 à 11:04

6Au Rex Club, il est toujours facile d’entrer. Même quand vous êtes trois mecs, un peu avinés, refoulés du Social Club et de tous les pubs immondes des Grands Boulevards.
Après, jusqu’au bout de la nuit, il suffit de danser
Au Rex, cela sera presque toujours très bien, vous le savez déjà, je n’insiste pas.
Je danse.
Une jeune fille s’approche.
Elle me demande si j’ai étudié à Vienne, je dis oui.
Elle me demande si je viens de cette petite île au bord de l’Atlantique, je dis oui.
Elle me dit mon nom, c’est bien le mien.

Tu ne me reconnais pas ?
Non…

Caro de Wien, et des centaines de souvenirs resurgissent en moi.
Je me souviens
Le Flex, le Fluc Wanne, tous les boîtes/bars, le Danube, les bars de l’amour de Praterstern, le parc. Il faudrait que j’y retourne.
Nous dansons, elle est avec une amie, il est six heures, elles nous quittent, nous prenons un kebab, le jour se lève, métro.
Je repense au début de soirée. A ce musicien chinois que je croise régulièrement à Châtelet ou République. Un instrument traditionnel étrange qui résonne à travers le corps, une voix qui glace le sang et rend l’âme nostalgique.

De l’autre côté de la montagne, il y a définitivement un paradis perdu.

Je laisse une pièce, je l’imagine, comme le jeune homme sur la photo, jouer imperturbable entre les métros qui passent à travers lui. Il les ignore. Concentré sur son art.
Une bouteille de Tsingtao à la main, autour de sa chaise, nous dansons.

Bilan: Indispensable

5, Boulevard Poissonnière
75002 Paris
01 42 36 10 96

Photo Vice Maciek Pozoga


View Larger Map

Panic Room

Dans 11, Bars le juin 15, 2009 à 1:20

panicroom

Chute à l’arrière du Peloton

Jodie Foster et sa fille

Tous dans l’abri anti-atomique

Explosion

Jack Bauer Saison 7 maison blanche mort de Bill Buchanan

Panic Room

Qui va sauver la présidente ?

Dans le onzième arrondissement

tous à terre

musique bière Dj

Bongo est mort

Vive le King of the Bongo

Des femmes étranges aux épaulettes

trop trendy pour moi

elles seraient underground

Panic Room

Du béton

Poufs rouges

Moustaches années 80

si ce n’était tout ça

Trop jeunes

King Kong

Le roi de l’île perdue

Un underground si peu profond

les enverrais au Fluc à Vienne pour qu’elles voient

les vraies profondeurs

Panique, Achtung, les extraterrestres attaquent

Bilan: Agréable

Ouvert du mardi au samedi de 18h à 2h

101 rue Amelot Paris 11 Métro Saint-Sébastien Froissart


View Larger Map

La Cordonnerie

Dans 02, Bars le juin 3, 2009 à 9:27

Tu aimes les femmes ?
Oui

Elle ramène son briquet vers elle, je dois me pencher encore plus. Rue Saint-Denis. La pute est en jean, petit top et baskets. Discrète. Une blonde assez jolie. Sa collègue, brune et un peu grosse, moins. Je souhaite juste du feu.

Tu ne veux pas entrer ?
Non merci
C’est juste 50 euros
Je suis étudiant, je n’ai pas d’argent

Je continue avec mon camarade, l’on s’éloigne des sex shop et de la Cordonnerie. Un bar dans le deuxième arrondissement, parfois des concerts, les jeudi et samedi couscous gratuit pour tous à partir de 21h. Mais il faut arriver bien plus tôt pour avoir une place. La pinte, jusqu’à 8h, n’est qu’à 2euros50. Le mojito est délicieux et permet de digérer la merguez correcte et la musique très mauvaise.

J’aime ces îlots de bonnes affaires dans un Paris trop cher. Me rappelle Vienne et le Wienerschnizelplatz’l où j’allais dévorer des Schweinsemmel dans mon quartier du Prater. Je devais longer la Tabostrasse, où, à intervalle régulier, surgissait un bar à putes. Des vieilles filles publiques défraîchies ouvraient toujours la porte quand je passais et posaient l’éternelle question:

Kommst du ein ? (Tu entres ?)

Une fois seulement, à l’entrée du Piccolo, une jolie petite brune en bas et haut mode petit bateau m’invita. Une voix si jolie. Ensorceleuse…

Je n’ai pas osé

Bilan: Indispensable

La Cordonnerie
142, Rue Saint-Denis, 75002
Paris


View Larger Map

Les Frigos

Dans 13, Squats le mai 21, 2009 à 10:39

cage d'escalier des frigos

«Mon mec me bat»

La femme, la cinquantaine délavée, le décolleté qui tombe, s’assoit à côté de moi. Elle a des bleus sur les bras.

«Qu’est-ce que j’ai fais pour en arriver là ? »

Elle m’offre une cigarette. Elle parle. Deux vigiles s’approchent.

« Madame, vous pouvez nous suivre s’il vous plaît ? »
« C’est ça l’histoire de ma vie, être raccompagnée à la porte ! »

Elle disparaît.
Cantine solidaire des Frigos pendant les journées portes ouvertes.

Les anciens frigidaires des Halles sont un lieu formidable. Un bâtiment immense, vieille maison hantée, tâche saugrenue entre les immeubles modernes près de la BNF. Il y a 24 ans, une poignée d’artistes a investi les locaux. Depuis, ils sont toujours là. «A part ceux qui sont morts, tout le monde est encore là », raconte l’une au cinquième étage. « C’est incroyable le nombre de soirées qu’on a organisé. Beaucoup moins depuis la Guerre du Golfe. »
Les ateliers sont beaux, les œuvres sont pour la plupart inintéressantes, sauf là, ce tableau, là, ce film d’animation, ici, cet instrument étrange, tiens, une locomotive. La cage d’escalier est entièrement taguée, des fresques s’étendent sur les murs de certains étages.

les frigos fresques

Comme tout bon squat officiel de vielles personnes, à 22h, cela ferme. Sauf au troisième, où une soirée privée est organisée chez un Italien excentrique. Loubards à l’entrée, smocking obligatoire. L’on dit que «Dombasle et son chéri» rôdent parfois par là.

Vivement que l’insurrection vienne, que l’on soit une centaine et par un coup d’éclat, un soir de rébellion, notre horde de jeunes mettent tout ce reliquat des années Mitterrand dehors.

L’on gardera juste en otage ces Italiennes si fines aux talons si hauts – entretenir le fantasme – et l’on vivra dans la luxure jusqu’à ce qu’une nouvelle horde de jeunes nous disperse, nous ventile.

Bilan: Agréable

Les Frigos 19 rue des Frigos, 75013 Paris

View Larger Map

Val Café

Dans 13, Bars, Cafés le mai 10, 2009 à 1:37

roi malgré lui

A trois cent mètres de chez moi et pourtant je ne l’avais jamais vu jusqu’à la semaine dernière. Un bistrot, à l’angle du boulevard de Port-Royal et de la rue de la Glacière. Chaque jour, jusqu’à 23h, toutes les consommations sont à 1 euro 50 et avec le sourire des serveurs gratuits en prime. La pinte à trois euros. Efficace, puisque qu’un bar sans grand intérêt dans une rue peu commerçante arrive à être rempli chaque soir par les étudiants qui maraudent un peu partout entre le cinquième et le treizième arrondissement.

La petite terrasse est juste en face du Val de Grâce. J’espère, un jour, une pinte à la main, confortablement attablé, voir passer Jacques Chirac ou un président africain, sortir de là, escorté par la police et dans une confortable limousine noire. Confidentiellement, il y serait venu se faire soigner d’une maladie inconnue, attrapée je ne sais où avec je ne sais qui. A la presse, si elle est au courant, l’on aura rien dit, juste «une infection bénigne».

En tournant à gauche, pour filer vers les Gobelins puis Saint Marcel ou Italie, l’homme baissera un peu la vitre arrière, jettera un regard ; sourire condescendant à ces petits poivrots qui ne savent pas. Derrière les grilles, l’inconnu.

Puis, la route, la limousine noire plongera – l’avenue est en descente – dans la nuit éclairée, disparaîtra, et nous, nous regarderons les étoiles jusqu’au petit matin en tendant l’oreille pour surprendre, au loin, boulevard Arago, les éclats de voix et les pertes d’espérance des matons mutins qui veulent empêcher Fofana d’être jugé. Santé !

Bilan: Indispensable

Val Café  39 boulevard de Port-Royal 75013


View Larger Map

Le Carrefour

Dans 06, Cafés le mars 8, 2009 à 4:02

p1070830

Ce café, il existe encore en province. Mais à Paris et, a fortiori, dans le sixième arrondissement, ce petit établissement surprend.
À quelques mètres des Editeurs ou du Danton, il est là, trois tables en bois, des bancs simples, encore la vieille ardoise et une décoration années 50 un peu minable.
Et, surtout, la femme qui sert, toute petite, vêtue de peu comme les vieilles de mon village, la moustache fière mais discrète. Celle de son amie, presque toujours au comptoir, est beaucoup plus impressionnante.
Il y a parfois un homme qui passe et qui disparaît par une porte dérobée. Qui est-ce ? Je ne sais pas.
La gérante est peut-être une vielle madame Calas qui ne se serait pas fait arrêter. Dans Maigret et le corps sans tête, le commissaire passe tout le roman dans un café tel que celui-ci du côté du quai de Valmy.
Le petit blanc y est bon, la femme a assassiné son mari avec son amant et l’a découpé en petits morceaux avant de le jeter dans le canal Saint-Martin. Une sombre histoire de province, du côté de Poitiers, de château et d’héritage désiré ou pas. Maigret sait que c’est elle, la femme sait qu’il sait. Reste juste à le prouver.
La gérante du Carrefour est une de ces madame Calas qui n’auraient pas rencontré de flic ingénieux sur sa route. Apaisée, vingt ans plus tard, elle a retrouvé le sourire, a pris du poids. L’homme qui passe et qui disparaît est son amant, Dieudonné Pape.
Et nous, innocents, quand nous venons prendre le demi ou le petit blanc, nous ne nous doutons de rien.
-Votre vin est bon
C’était vrai. La plupart des bistrots de Paris annoncent «un petit vin de pays», mais il s’agit le plus souvent d’un vin trafiqué qui vient tout droit de Bercy. Celui-ci, au contraire, avait un parfum de terroir que le commissaire essayait d’identifier.
-Sancerre ? demanda-t-il.
-Non. Il vient d’un petit village des environs de Poitiers.
Voilà pourquoi il avait un arrière-goût de pierre à fusil.

Bilan: Agréable

Le Carrefour
bas de la rue Monsieur le Prince
75006

L’Appart

Dans 12, Bars le mars 1, 2009 à 5:21

annees20

L’étage est le principal intérêt de ce petit bar. La musique du rez de chaussée est trop insignifiante pour s’y attarder. En haut, des communautés peuvent se regrouper pour un soir et faire la fête tranquillement. Dans les meubles des grands-parents, vieux fauteuils imitation 19ème, chaises sur le même modèle, murs jaunis et tapisseries décrépies. Je crois que l’une est une scène de chasse sans grand intérêt.

Décor avec un vrai charme, l’on se sent à la fois en sécurité et, d’un autre côté, l’on peut tout détruire, de toute façon cela appartient à un autre temps. Clairement, c’est la crise. Le thème de la soirée, les années folles, tendance 1929 et krach boursier, filles en robes noires. Et les chapeaux… Rue du Faubourd Saint-Antoine, retour en arrière pour échapper à l’avenir ou pour mieux sauter ? Tout le monde ne s’est pas déguisé, dont moi. Oubli ? Timidité ? Ou conscience que les années 30 arrivent à grandes enjambées ?

Bilan : Agréable

L’Appart

164 rue du Faubourg Saint-Antoine 75011

Agrandir le plan

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.