
«Mon mec me bat»
La femme, la cinquantaine délavée, le décolleté qui tombe, s’assoit à côté de moi. Elle a des bleus sur les bras.
«Qu’est-ce que j’ai fais pour en arriver là ? »
Elle m’offre une cigarette. Elle parle. Deux vigiles s’approchent.
« Madame, vous pouvez nous suivre s’il vous plaît ? »
« C’est ça l’histoire de ma vie, être raccompagnée à la porte ! »
Elle disparaît.
Cantine solidaire des Frigos pendant les journées portes ouvertes.
Les anciens frigidaires des Halles sont un lieu formidable. Un bâtiment immense, vieille maison hantée, tâche saugrenue entre les immeubles modernes près de la BNF. Il y a 24 ans, une poignée d’artistes a investi les locaux. Depuis, ils sont toujours là. «A part ceux qui sont morts, tout le monde est encore là », raconte l’une au cinquième étage. « C’est incroyable le nombre de soirées qu’on a organisé. Beaucoup moins depuis la Guerre du Golfe. »
Les ateliers sont beaux, les œuvres sont pour la plupart inintéressantes, sauf là, ce tableau, là, ce film d’animation, ici, cet instrument étrange, tiens, une locomotive. La cage d’escalier est entièrement taguée, des fresques s’étendent sur les murs de certains étages.

Comme tout bon squat officiel de vielles personnes, à 22h, cela ferme. Sauf au troisième, où une soirée privée est organisée chez un Italien excentrique. Loubards à l’entrée, smocking obligatoire. L’on dit que «Dombasle et son chéri» rôdent parfois par là.
Vivement que l’insurrection vienne, que l’on soit une centaine et par un coup d’éclat, un soir de rébellion, notre horde de jeunes mettent tout ce reliquat des années Mitterrand dehors.
L’on gardera juste en otage ces Italiennes si fines aux talons si hauts – entretenir le fantasme – et l’on vivra dans la luxure jusqu’à ce qu’une nouvelle horde de jeunes nous disperse, nous ventile.
Bilan: Agréable
Les Frigos 19 rue des Frigos, 75013 Paris
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