Sarrdanapale

Archive pour mars 2010|Page d'archive mensuelle

Beaubourg – France Soir

Dans 04, Banquets le mars 19, 2010 à 3:13

Fois gras, délicieux fromages, jambon de je ne sais d’où, saumon de Russie j’espère, champagnes dont je ne connais pas les noms et mention spéciale au crumble salé. Le banquet de France Soir n’était pas désagréable. Nouvelle formule. 500 000 exemplaires. Lancement au dernier étage de Beaubourg. 20h. Jolie vue. Petits plats dans les grands.

C’était mieux avant. Les femmes, habillées en hôtesses de l’air, étaient plus belles, les quotidiens vendaient à 1 million d’exemplaires, la poissonnière était plus souriante. Heureusement, France Soir est là ! Le temps béni va revenir, c’est certain.

Le discours de Poutgatchev, 25 ans, jeune patron de presse, est bref. Il a des accents de Miss France.

“J’adore Paris, j’adore la France, j’adore France Soir qui était le plus grand quotidien français.”

Thomas Dutronc chante. Les toqués ne le regardent pas. Indifférents. Ils préfèrent découper amoureusement les cuisses des jambons. Les tenant fermement, les caressant habilement. Erotisme.

Le temps béni va revenir, c’est certain. Je vois PPDA, Karl Zéro, Jean-Pierre Foucault. Les Mojitos sont délicieux. Je pars trop vite, je rate les plaquettes de chocolat offertes.

Dans une brasserie, à l’angle de la rue du Faubourg Saint-Antoine et de la rue de Cotte, j’assiste aux 20 dernières minutes de Chelsea-Inter. Eto’o marque. Les rares clients sont complètements ivres.

Buffon, c’est le meilleur des gardiens. C’est le plus grand.
Vas-y fais pas chier
Ah ah ils ont marqué Internazionale en bas ! Les cons.
Bah c’est le vrai nom de l’Inter
Mais non là-bas y a le Milan AC, et les Biancoreni, c’est l’Inter.
Tu me casses les couilles

Je repense à Beckham. Il ne participera pas à la Coupe du Monde. Talon d’Achille. Il a eu donc le droit à quelques vers de la poétesse officielle de la couronne d’Angleterre.

But when Odysseus came, with an athlete’s build, a sword and a shield, he followed him to the battlefield, the crowd’s roar,

And it was sport, not war, his charmed foot on the ball…

But then his heel, his heel, his heel…

Là, Didier Drogba se fait expulser. Un des mecs vient me parler.

Tu vois, moi je suis plein d’hormones.

Je suis plein d’hormones sexuelles partout.

C’est ça qui est attirant.

ll se caresse alors le torse. Ou il s’essuit les mains. Je ne sais pas.
Chelsea est éliminée. A disgrace. A fucking disgrace.

Bilan: Agréable


Beaubourg Centre Pompidou.

Place Georges Pompidou. 75004


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Le Motel

Dans 11, Bars le mars 15, 2010 à 5:39

Putain il fait chaud
Putain on s’emmerde
Mais elle va le finir son discours

Discours de Martine Aubry au Cirque d’Hiver. Il ne veut pas se terminer. Un caméraman grommelle. Martine au Cirque, ce n’est pas désagréable mais j’aimerais qu’elle pense un peu à moi. Au Motel, personne ne m’attend, mais je veux voir l’inauguration de Snacht. Nouveau magazine. Un shot culturel.

Le Motel, petit bar près de chez moi, où je ressemble à tout le monde et où tout le monde est interchangeable. D’ordinaire, les shots y sont généreux. Le Mojito n’est pas mauvais et la bière est légèrement trop chère. Mais la musique n’est pas mauvaise et, surtout, les filles y sont plutôt jolies. L’assurance de pouvoir se poser au zinc et de regarder les ombres passer ; de plus en plus floues les pintes s’additionnant ; mais toujours plus fées que carabosses.

Snacht, des gens partout. Beaucoup trop de monde. La nuit de Paris n’est pas encore morte. Je me souviens d’un autre soir. Pas si longtemps auparavant. Trop de monde aussi. Toujours au Motel.

Si on changeait de bar ?

Puis la surprise. Je serai tenté de paraphraser l’autre poète :

« Tu as été l’évidence, tu n’es plus que l’énigme. Tu inscrivais le temps dans l’éternité, tu n’es que du passé maintenant, par où la terre finit, là, devant moi, comme un bord abrupt de falaise ».

Mais cela serait donner beaucoup trop d’importance alors je n’écrirai rien sauf

Putain, il fait beaucoup trop chaud

Voilà. Exactement.

Putain.

Bilan: Agréable

Le Motel

8 passage Josset
75011 Paris


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Les Abeilles

Dans 11, Bars le mars 9, 2010 à 8:59

Le dimanche, j’ai souvent envie d’aller au Titon. Mais le Titon est fermé le dimanche. Et, à chaque fois, j’oublie. Je me retrouve devant les volets clos qui murmurent « une prochaine fois une prochaine fois » ; les bras ballants. On ne peut pas tout avoir.

Détachés du corps

mes membres

tombent

Boum.

Ne sachant que faire, je vais aux Abeilles ; tout près. Encore mieux. Le dernier jour de la semaine, dans ce petit bar, happy hour jusqu’à minuit et surtout – surtout – un buffet est gratuit et à volonté. De la charcuterie, du fromage, des crêpes aux fromages, des cuisses de poulet épicé. La première fois, on n’ose pas en prendre. On demande, c’est vraiment gratuit ? Gratuit ? Et les serveurs, peut-être les plus adorables de Paris, qui te répondent « Oui, oui, servez-vous ».

Ils ont trente ans. Les clients aussi. Tout le monde sourit. Fin de la semaine ; Aloïs murmure : « Paris, c’est agréable quand même ».

J’acquiesce. Pourtant, Nerval, in Sylvie, écrit :

« Telles sont les chimères qui charment et égarent au matin de la vie. J’ai essayé de les fixer sans beaucoup d’ordre, mais bien des cœurs me comprendront. Les illusions tombent l’une après l’autre, comme les écorces d’un fruit , et le fruit, c’est l’expérience. »

Entre une pinte et une crêpe beurre sucre rue du Faubourg Saint Antoine – dans le froid – je trouve que cette sentence est d’une stupidité incroyable. Avec l’âge passent les idioties, mais les illusions, le rêve, ils se renforcent. Sans eux, sans ce plaisir de créer barrières et autres stupeurs ! folies ! paradis artificiels, que faire, que voir ? Rien. « La poésie, c’est la seule réalité. Ce qu’on nous vend pour le réel n’existe pas», s’enflamme le crêpier. Ou peut-être était-ce un dramaturge qui passait par là.
Cependant je dois admettre que, parfois, Nerval, soudain, voilà, l’autre, elle, beaucoup de phrases, d’exclamations, on pense que, ou pas, mais, enfin, voilà, des fulgurances, il y a.

« Aimer une religieuse sous la forme d’une actrice !… et si c’était la même ! — Il y a de quoi devenir fou ! »

Si seulement. Le souffle.

Bilan: Agréable

Les Abeilles

32 rue de Charonne, 75011


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