Sarrdanapale

Archive pour mai 2009|Page d'archive mensuelle

Les Frigos

Dans 13, Squats le mai 21, 2009 à 10:39

cage d'escalier des frigos

«Mon mec me bat»

La femme, la cinquantaine délavée, le décolleté qui tombe, s’assoit à côté de moi. Elle a des bleus sur les bras.

«Qu’est-ce que j’ai fais pour en arriver là ? »

Elle m’offre une cigarette. Elle parle. Deux vigiles s’approchent.

« Madame, vous pouvez nous suivre s’il vous plaît ? »
« C’est ça l’histoire de ma vie, être raccompagnée à la porte ! »

Elle disparaît.
Cantine solidaire des Frigos pendant les journées portes ouvertes.

Les anciens frigidaires des Halles sont un lieu formidable. Un bâtiment immense, vieille maison hantée, tâche saugrenue entre les immeubles modernes près de la BNF. Il y a 24 ans, une poignée d’artistes a investi les locaux. Depuis, ils sont toujours là. «A part ceux qui sont morts, tout le monde est encore là », raconte l’une au cinquième étage. « C’est incroyable le nombre de soirées qu’on a organisé. Beaucoup moins depuis la Guerre du Golfe. »
Les ateliers sont beaux, les œuvres sont pour la plupart inintéressantes, sauf là, ce tableau, là, ce film d’animation, ici, cet instrument étrange, tiens, une locomotive. La cage d’escalier est entièrement taguée, des fresques s’étendent sur les murs de certains étages.

les frigos fresques

Comme tout bon squat officiel de vielles personnes, à 22h, cela ferme. Sauf au troisième, où une soirée privée est organisée chez un Italien excentrique. Loubards à l’entrée, smocking obligatoire. L’on dit que «Dombasle et son chéri» rôdent parfois par là.

Vivement que l’insurrection vienne, que l’on soit une centaine et par un coup d’éclat, un soir de rébellion, notre horde de jeunes mettent tout ce reliquat des années Mitterrand dehors.

L’on gardera juste en otage ces Italiennes si fines aux talons si hauts – entretenir le fantasme – et l’on vivra dans la luxure jusqu’à ce qu’une nouvelle horde de jeunes nous disperse, nous ventile.

Bilan: Agréable

Les Frigos 19 rue des Frigos, 75013 Paris

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No change (BIP squat)

Dans 10, Banquets le mai 14, 2009 à 3:37

P1070905

Je ne sais pas vraiment si No Change était le nom exact ou juste la petite pancarte sur la porte. Un squat près de Château d’Eau, occupé depuis décembre 2008.

Il y a 15 jours. Dernière soirée. L’ordre d’expulsion avait été donné pour la petite dizaine de résidents.
Certains – si j’ai bien compris – font des études d’arts, d’illustration. ..

Une exposition est organisée. Eux et leurs potes s’affichent sur les murs ; au rez-de-chaussée , un ancien magasin, des lavabos défoncés, des canapés moelleux où deux amies se tripotent. L’étage est pour les chambres. Des filles qui montent et disparaissent.

Toujours amusante, une soirée dans un squat, population hétéroclite,  surtout des jeunes étudiants bobos à la fac, dans des écoles d’arts, théâtre…parfois des vieux baroudeurs.

Qui, globalement, ce soir-là, refusent de savoir la suite. Le lendemain. «Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus », nous susurre la première ligne de l’insurrection qui vient. Surtout quand un bar solidaire avec une bière à 1 euros tourne à plein régime.

Il y a cette jeune punkette, robe rouge, tête à moitié rasée. Grand sourire. Je n’ai rien à dire.

La plupart des dessins sont sanglants. Les femmes saignent des seins, des piques partout, une ménagère la tête dans le four, des jambes écartées violemment.

Il y a cette jeune fille, toute petite, elle étudie aux Beaux-Arts à Paris. Elle a toujours l’air triste. Peut-être est-ce pour cela qu’elle dessine des calligraphies d’animaux humanisés. Fuir les hommes ? Nous sommes des bêtes ?

[Ce soir-là, au 53 rue de Paradis, trop chaud, trop de monde , nous sortons au bout d’un moment, sous un de ces panneaux historiques de la ville de Paris. Que nous dit le texte ? Un armistice du temps de Napoléon a été signé là.]

Bientôt, ils partiront à la recherche d’un nouveau squat.

«Rien ne paraît moins probable qu’une insurrection, mais rien n’est plus nécessaire.»

Ou

No change ?

Bilan: Agréable

PS: L’on me dit dans l’oreillette twitter, que le véritable nom est B.I.P., le Bureau Intersquat Parisien.


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Val Café

Dans 13, Bars, Cafés le mai 10, 2009 à 1:37

roi malgré lui

A trois cent mètres de chez moi et pourtant je ne l’avais jamais vu jusqu’à la semaine dernière. Un bistrot, à l’angle du boulevard de Port-Royal et de la rue de la Glacière. Chaque jour, jusqu’à 23h, toutes les consommations sont à 1 euro 50 et avec le sourire des serveurs gratuits en prime. La pinte à trois euros. Efficace, puisque qu’un bar sans grand intérêt dans une rue peu commerçante arrive à être rempli chaque soir par les étudiants qui maraudent un peu partout entre le cinquième et le treizième arrondissement.

La petite terrasse est juste en face du Val de Grâce. J’espère, un jour, une pinte à la main, confortablement attablé, voir passer Jacques Chirac ou un président africain, sortir de là, escorté par la police et dans une confortable limousine noire. Confidentiellement, il y serait venu se faire soigner d’une maladie inconnue, attrapée je ne sais où avec je ne sais qui. A la presse, si elle est au courant, l’on aura rien dit, juste «une infection bénigne».

En tournant à gauche, pour filer vers les Gobelins puis Saint Marcel ou Italie, l’homme baissera un peu la vitre arrière, jettera un regard ; sourire condescendant à ces petits poivrots qui ne savent pas. Derrière les grilles, l’inconnu.

Puis, la route, la limousine noire plongera – l’avenue est en descente – dans la nuit éclairée, disparaîtra, et nous, nous regarderons les étoiles jusqu’au petit matin en tendant l’oreille pour surprendre, au loin, boulevard Arago, les éclats de voix et les pertes d’espérance des matons mutins qui veulent empêcher Fofana d’être jugé. Santé !

Bilan: Indispensable

Val Café  39 boulevard de Port-Royal 75013


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