
Grande fête à Sciences Po mardi dernier. Pleins de jeunes que je ne connaissais pas avaient investi les locaux. A la fenêtre du premier étage, je les voyais porter des chaises ; ils devaient ranger avant de danser je suppose. Ils criaient ou chantaient aussi mais je ne comprenais pas les paroles.
D’autres montraient leurs fesses et brandissaient des pancartes Vive le Roy.
La confusion était totale et j’aimais bien.
Nous, on ne pouvait pas entrer – frustrants ces apéritifs réservés à cent personnes – alors on regardait et on chantait aussi selon les slogans.
J’aimais bien “CRS partout, justice nulle part”, ou “Cac 40, Cac 40″, réminiscence des fausses manifs de droite.
J’essayais aussi de lancer de nouveaux slogans.
Libérez Julien Palomo!
Ou
Mais il est où ? Mais il est où Richard Descoings, là là là là
Les gens souriaient mais ne me suivaient pas – je ne suis rien- et cela faisait un peu pshiit.
Les pourparlers étaient un peu longs alors avec des amis on buvait des pintes dans les gobelets de l’Abbaye, le bar des “Voleurs de poules” de Sciences Po. On aurait pu aller au Basile aussi mais c’est le bar des “Bourgeois” et, aujourd’hui, il fallait quand même choisir son camp un minimum.
C’est l’avantage de cette vénérable institution, on peut être “Bourgeois” et “Voleurs de poules” sans trop d’effort dans la même journée. Juste quelques mètres à parcourir.
Au bout de trois pintes, la pièce de théâtre commençait à s’essouffler, les CRS ne semblaient pas vouloir intervenir, commettre des abus et des bavures – en somme, devenir l’ennemi.
Tout le monde finit par sortir. Dispersion. Et moi de retourner à mon article sur la Princesse de Clèves à finir absolument.
Et de voir, minuit venant, trois ou quatre cents jeunes, joyeux et libres –manifestation sauvage- débouler avenue des Gobelins et remonter jusqu’à Châtelet, puis Montmartre.
J’étais sur mon balcon, ménestrel fatigué, et je regardais passer la petite histoire, sur le moment sans regret, trop occupé.
Quelques jours plus tard, je pense que c’était une erreur. Il y avait là événement, matière, remise en cause.
Il y avait là poésie, un peu violente certes- ou plutôt, en plus ! surtout !- Mais poésie, c’est évident. Ne jamais oublier les leçons de l’orphelin de l’Europe.
Parfois
Là où s’étend l’imaginaire
Kaspar Hauser surgit
Clopin-clopant- un cheval lui a démoli ses deux mollets-
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Se demande-t-il
Je lui pose la même question
Qui suis-je ?
Bilan: Agréable
35, Rue de Grenelle
75007 Paris
01 45 48 39 30
[...] Lire la suite sur Chocolat Viennois Étiqueté :chocolat viennois, grève, l’abbaye, manifestation, sciences po « «La Princesse de Clèves», un livre pour Sarkozy [...]
Très inspiré !
L’éternelle dilemme, la vie comme un spectacle, Fabrice à Waterloo, Frédéric dans le Paris révolté de 1848. Ou faut-il y être sur la scène, quitte à se tromper ? Et puis Gaspard Hauser, l’idiot du village, l’idiot pour qui ?