Sarrdanapale

Archive pour mars 2009|Page d'archive mensuelle

L’Abbaye

Dans 07, Bars le mars 22, 2009 à 4:43

Grande fête à Sciences Po mardi dernier. Pleins de jeunes que je ne connaissais pas avaient investi les locaux. A la fenêtre du premier étage, je les voyais porter des chaises ; ils devaient ranger avant de danser je suppose. Ils criaient ou chantaient aussi mais je ne comprenais pas les paroles.
D’autres montraient leurs fesses et brandissaient des pancartes Vive le Roy.
La confusion était totale et j’aimais bien.
Nous, on ne pouvait pas entrer – frustrants ces apéritifs réservés à cent personnes – alors on regardait et on chantait aussi selon les slogans.
J’aimais bien “CRS partout, justice nulle part”, ou “Cac 40, Cac 40″, réminiscence des fausses manifs de droite.
J’essayais aussi de lancer de nouveaux slogans.

Libérez Julien Palomo!
Ou
Mais il est où ? Mais il est où Richard Descoings, là là là là

Les gens souriaient mais ne me suivaient pas – je ne suis rien- et cela faisait un peu pshiit.

Les pourparlers étaient un peu longs alors avec des amis on buvait des pintes dans les gobelets de l’Abbaye, le bar des “Voleurs de poules” de Sciences Po. On aurait pu aller au Basile aussi mais c’est le bar des “Bourgeois” et, aujourd’hui, il fallait quand même choisir son camp un minimum.
C’est l’avantage de cette vénérable institution, on peut être “Bourgeois” et “Voleurs de poules” sans trop d’effort dans la même journée. Juste quelques mètres à parcourir.
Au bout de trois pintes, la pièce de théâtre commençait à s’essouffler, les CRS ne semblaient pas vouloir intervenir, commettre des abus et des bavures – en somme, devenir l’ennemi.
Tout le monde finit par sortir. Dispersion. Et moi de retourner à mon article sur la Princesse de Clèves à finir absolument.
Et de voir, minuit venant, trois ou quatre cents jeunes, joyeux et libres –manifestation sauvage- débouler avenue des Gobelins et remonter jusqu’à Châtelet, puis Montmartre.
J’étais sur mon balcon, ménestrel fatigué, et je regardais passer la petite histoire, sur le moment sans regret, trop occupé.

Quelques jours plus tard, je pense que c’était une erreur. Il y avait là événement, matière, remise en cause.

Il y avait là poésie, un peu violente certes- ou plutôt, en plus ! surtout !- Mais poésie, c’est évident. Ne jamais oublier les leçons de l’orphelin de l’Europe.
Parfois
Là où s’étend l’imaginaire
Kaspar Hauser surgit
Clopin-clopant- un cheval lui a démoli ses deux mollets-
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Se demande-t-il
Je lui pose la même question
Qui suis-je ?

Bilan: Agréable

35, Rue de Grenelle
75007 Paris
01 45 48 39 30‎

Le Carrefour

Dans 06, Cafés le mars 8, 2009 à 4:02

p1070830

Ce café, il existe encore en province. Mais à Paris et, a fortiori, dans le sixième arrondissement, ce petit établissement surprend.
À quelques mètres des Editeurs ou du Danton, il est là, trois tables en bois, des bancs simples, encore la vieille ardoise et une décoration années 50 un peu minable.
Et, surtout, la femme qui sert, toute petite, vêtue de peu comme les vieilles de mon village, la moustache fière mais discrète. Celle de son amie, presque toujours au comptoir, est beaucoup plus impressionnante.
Il y a parfois un homme qui passe et qui disparaît par une porte dérobée. Qui est-ce ? Je ne sais pas.
La gérante est peut-être une vielle madame Calas qui ne se serait pas fait arrêter. Dans Maigret et le corps sans tête, le commissaire passe tout le roman dans un café tel que celui-ci du côté du quai de Valmy.
Le petit blanc y est bon, la femme a assassiné son mari avec son amant et l’a découpé en petits morceaux avant de le jeter dans le canal Saint-Martin. Une sombre histoire de province, du côté de Poitiers, de château et d’héritage désiré ou pas. Maigret sait que c’est elle, la femme sait qu’il sait. Reste juste à le prouver.
La gérante du Carrefour est une de ces madame Calas qui n’auraient pas rencontré de flic ingénieux sur sa route. Apaisée, vingt ans plus tard, elle a retrouvé le sourire, a pris du poids. L’homme qui passe et qui disparaît est son amant, Dieudonné Pape.
Et nous, innocents, quand nous venons prendre le demi ou le petit blanc, nous ne nous doutons de rien.
-Votre vin est bon
C’était vrai. La plupart des bistrots de Paris annoncent «un petit vin de pays», mais il s’agit le plus souvent d’un vin trafiqué qui vient tout droit de Bercy. Celui-ci, au contraire, avait un parfum de terroir que le commissaire essayait d’identifier.
-Sancerre ? demanda-t-il.
-Non. Il vient d’un petit village des environs de Poitiers.
Voilà pourquoi il avait un arrière-goût de pierre à fusil.

Bilan: Agréable

Le Carrefour
bas de la rue Monsieur le Prince
75006

L’Appart

Dans 12, Bars le mars 1, 2009 à 5:21

annees20

L’étage est le principal intérêt de ce petit bar. La musique du rez de chaussée est trop insignifiante pour s’y attarder. En haut, des communautés peuvent se regrouper pour un soir et faire la fête tranquillement. Dans les meubles des grands-parents, vieux fauteuils imitation 19ème, chaises sur le même modèle, murs jaunis et tapisseries décrépies. Je crois que l’une est une scène de chasse sans grand intérêt.

Décor avec un vrai charme, l’on se sent à la fois en sécurité et, d’un autre côté, l’on peut tout détruire, de toute façon cela appartient à un autre temps. Clairement, c’est la crise. Le thème de la soirée, les années folles, tendance 1929 et krach boursier, filles en robes noires. Et les chapeaux… Rue du Faubourd Saint-Antoine, retour en arrière pour échapper à l’avenir ou pour mieux sauter ? Tout le monde ne s’est pas déguisé, dont moi. Oubli ? Timidité ? Ou conscience que les années 30 arrivent à grandes enjambées ?

Bilan : Agréable

L’Appart

164 rue du Faubourg Saint-Antoine 75011

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