Le bar du marché à Montreuil. Tous les dimanches, concerts gratuits à partir de 17H. Le demi est à deux euros 50. Les potatos semblent bonnes. J’accompagne Axel et Damien. Venus regarder le groupe d’une de leur amie. Dalaï Papa.
Là, déflagration. Le choc. Il faut revenir une nuit en arrière pour comprendre.
Samedi soir. 4èmearrondissement. Près des Arts et des Métiers. Un bar, le Andy Wahloo. Beaucoup de monde. La queue. Une liste. « Vous ne pouvez pas rentrer messieurs ». Finalement, nous sommes à l’intérieur. Il paraît que c’est à la mode. Branché. Et que tout le monde veut aller là. Pourquoi pas. Moi, je ne veux pas.
La musique ? Je n’aime pas.
La décoration ? Je n’aime pas.
Les filles, avec les talons immenses, qui dansent ivres ? Je n’aime pas.
Je crois que je n’aime rien. On me le reproche.
Là, nous sommes à nouveau dimanche. J’entre dans le bar, plein, place du marché à Montreuil. Je comprends que je suis mieux ici. Les filles sont plus simples. Elles sont plus jeunes. Ce ne sont plus les Anglaises avec des rides qui ravinent le visage et les seins qui voudraient tomber mais qui sont retenus par des soutiens-gorge sans nom.
Ici
Les jeunes filles sont belles.
Notamment la chanteuse. Et la musique, entraînante. Un peu Caravan Palace. J’ai peur. J’ai peur parce que je sais que cela ne durera pas. Par mes activités, par la logique de la nuit parisienne, je suis amené à être toujours plus emmené vers des Andy Warloo ou équivalents. Si c’est cela grandir, je crois que je ne veux pas. Je veux rester immature. Toujours jeune.
Sur le chemin du retour, je m’arrête au Mim’s, rue d’Aligre. Pour commander le Tortillas local. Devant ce fast-food/kebab, une bande est toujours là. A trainer dehors, casquettes et survêtements. J’attends que le poulet cuise. Sur le grand écran, NT1 diffuse un –de 16 ans des années soixante. Qui semblent être plutôt élégant. Un grand black entre.
« Attends il passe un film de cul ça va pas ».
Il cherche une autre chaîne.
« Encore un film de boules, putain y a que ça ».
Enfin M6, Zone Interdite. L’ensemble de la bande entre et commence à regarder.
Roger Vaillant fonda avec ses amis de lycée, René Daumal et Roger Gilber-Lecomte, le Grand Jeu. Revue littéraire, groupement poétique, fin des années 20. Quête de l’absolu. Il mourut à 57 ans après une belle carrière de grand reporter et un prix Interallié pour Drôle de jeu. Ses deux camarades s’éteignirent à 36 ans. Au soir de sa vie, il écrivit, avec quelques amertumes :
«Des trois que nous étions, deux sont morts, pour avoir mené avec trop d’intégrité notre entreprise démesurée. Je n’ai survécu qu’à force de légèreté et de légèreté. »
Le choix. La grande question.
Bilan: Indispensable.
9, Place du Marché, 93100 Montreuil

